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C’est une croyance universelle, et pour ainsi dire une tradition native du genre humain, que l’homme, à l’aide de certaines formules et de certaines pratiques, empruntées tantôt à la religion, tantôt à la science, peut changer les lois éternelles de la nature, soumettre à sa volonté les êtres invisibles, s’élever au-dessus de sa propre faiblesse, et acquérir la connaissance absolue et la puissance sans limites.
Ces dons supérieurs auxquels il aspire, il les demande indistinctement aux
éléments, aux nombres, aux astres, aux songes, au principe éternel du
bien comme au génie du mal, aux anges, à Satan.
Égaré par son orgueil, il crée toute une science en dehors de l’observation positive; et, pour régner en maître absolu sur la nature, il outrage à la fois la religion, la raison et les lois.
Cette science, c’est la magie, qui se divise, suivant les temps et les lieux, en une infinité de branches: cabale, divination, nécromancie, géomancie, philosophie occulte, philosophie hermétique, astrologie, etc., science empoisonnée dans sa source, qui se résume, au moyen âge, dans la sorcellerie, et qui, toujours maudite, toujours combattue par les lois de l’Église et de la société, reparaît toujours impuissante et convaincue.
La Bible parle à diverses reprises, et partout avec sévérité, des hommes
ou des femmes qui se livrent à la magie.
«Il ne se trouvera parmi vous, est-il dit dans le Deutéronome, personne qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille, qui professe la divination ou qui prédise les temps; ni enchanteur, ni sorcière, ni personne qui consulte des esprits familiers, ou qui soit magicien ou nécromancien.»
Les mêmes défenses se retrouvent dans le Lévitique et l’évocation de l’ombre de Samuel par la pythonisse d’Endor, les prodiges opérés par les magiciens de Pharaon, les accusations portées contre Manassès, prouvent que les pratiques des oeuvres occultes n’étaient point étrangères aux Israélites. Ces faits
ont donné lieu à un grand nombre de commentaires.
Quant à nous, nous nous bornerons seulement à les constater ici, en ajoutant que la plupart des commentateurs ont remarqué que rien n’indique qu’il y ait eu chez les Juifs, comme au moyen âge, entre le démon et les sorciers, un pacte
réel.
Satan, dans la tradition sacrée, n’est jamais ce qu’il fut plus tard, l’esclave obéissant de l’homme; il ne sert point ses passions et ses vices; et, comme le dit Bergier, si les faits surnaturels dont il est parlé dans l’Ancien Testament doivent être attribués aux démons, il faut en conclure seulement que Dieu consentait à ce que l’esprit infernal les opérât, soit pour faire éclater sa puissance, en opposant aux prodiges des magiciens d’autres prodiges plus nombreux et plus étonnants, soit pour punir les hommes de leur curiosité superstitieuse.
Satan reste soumis à la volonté divine. Quand il étrangle, dans la chambre nuptiale, les sept premiers maris de Sara; quand il fait tomber le feu du ciel sur les troupeaux de Job, quand il déchaîne l’ouragan contre sa maison, il n’agit jamais qu’avec la permission de Dieu, et Dieu lui permet d’agir pour éprouver son fidèle serviteur et faire briller sa foi et sa vertu d’un plus grand éclat.
Ainsi, entre la magie et le rôle de Satan dans l’Écriture, et la magie et le rôle de Satan dans le moyen âge, il y a cette différence essentielle et profonde que, d’un côté, le démon n’est jamais qu’un vaincu qui n’agit que par la permission de Dieu, qui reste entièrement indépendant de l’homme, et qui, dans la sphère même la plus redoutable de son action, n’est encore que l’instrument docile du souverain maître.
Dans la sorcellerie, au contraire, le démon est asservi à la volonté de
l’homme; il se met au service de ses haines, de ses passions. Il se
révolte de nouveau contre Dieu, et semble vouloir faire retourner le
monde à l’antique idolâtrie.
Cette distinction, nettement, établie, et sans toucher davantage aux questions qui sont placées par la foi en dehors de la discussion, nous allons marcher à notre aise à travers le rêve et la légende, en nous attachant toujours à porter, autant que possible, l’ordre et la clarté au milieu de ce chaos et de ces ténèbres, et en établissant des classifications rationnelles, dans ce sujet, où la
plupart des historiens qui l’ont traité marchent au hasard, comme dans
un véritable labyrinthe.
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