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Bien que l’alchimie soit en général considérée comme une aberration des sciences naturelles plutôt que comme l’une des subdivisions de la magie et de la sorcellerie, nous croyons cependant devoir lui donner place à côté de la cabale, de l’astrologie et de la divination, parce qu’il est évident qu’elle s’en est inspirée à toutes les époques, comme elle s’est inspirée également de la démonologie.
Pour Albert le Grand et Roger Bacon, l’alchimie, sauf ce tribut d’erreurs qu’il faut toujours payer à son siècle, n’avait été, il est vrai, que l’étude des combinaisons agrégatives de la matière et des lois de l’organisme. Mais c’était là une exception; et dès les premiers temps du christianisme, l’école d’Alexandrie avait imprimé à l’art hermétique une direction mystérieuse.
La table d’émeraude et ses formules cabalistiques ouvrirent un vaste champ à d’avides spéculations; et à travers les siècles de ténèbres, l’alchimie, pour le plus grand nombre, comme pour Nicolas Flamel, eut un but spécial, la production de l’or. Afin de donner à ses opérations une puissance plus grande, l’alchimie ne se borna point à essayer entre les divers corps organisés d’innombrables combinaisons; tout en soufflant ses fourneaux pour faire germer des lingots, elle invoqua l’influence des astres, elle emprunta de nombreuses formules à la cabale, à l’astrologie, à la science des nombres, et souvent même, quand la misère démentait ses efforts, quand l’or, objet de tant de veilles et d’espérances, ne bouillonnait pas sur le réchaud brillant, elle s’adressait au démon, et lui offrait une âme en échange d’une formule.
Ainsi, de quelque côté que l’on se tourne dans ce monde de l’erreur et du rêve, on trouve toujours l’homme aux prises avec l’impossible, et cette lutte obstinée a pour théâtre la création tout entière. Quand l’astrologue interroge le ciel, la nécromancie interroge la terre, pour en faire sortir les morts. Elle évoque les âmes, comme la cabale évoque les anges, comme la sorcellerie évoque le démon.
Suivant le poète Lucain, elle opérait au moyen de l’emploi magique d’un os de la personne morte, qu’elle voulait faire apparaître. Les rabbins avaient la même croyance: il fallait, suivant eux, prendre le crâne de préférence, sans doute parce que c’était là que l’âme avait fait sa demeure, lui offrir de l’encens et l’invoquer jusqu’à ce que le mort lui-même eût apparu, ou qu’un démon, prenant sa figure, se présentât et parlât en son nom.
Le plus ordinairement, on employait les prières de l’Église, en y ajoutant quelques formules empruntées à la sorcellerie. On disait aussi que lorsqu’on pouvait se procurer quelques débris des cadavres, ou quelques poignées de la terre dans laquelle ils avaient reposé, et, à défaut de cette terre, un fragment des pierres de leur tombeau, un morceau de leur croix funèbre, on parvenait, en soumettant ces objets à l’action du feu, à produire, par la combustion, des spectres, représentant exactement la figure de ceux que l’on cherchait à rappeler de l’autre monde; on assurait de plus que ces spectres, animés d’une vie factice et éphémère, répondaient distinctement à toutes les questions qui leur étaient adressées.
Partant de cette idée que l’âme, dégagée des liens de la chair, a pris une entière possession de ses attributs immortels, et qu’elle a l’intuition complète du passé et de l’avenir, le nécromancien évoquait les morts pour connaître dans quel état, béatitude ou damnation, se trouvaient ceux auxquels il s’intéressait et dont il était séparé par la tombe; pour s’éclairer lui-même sur les mystères de la vie future; pour connaître l’époque de sa mort, de celle de ses proches ou de ses ennemis; enfin pour s’éclairer sur tout ce qui est indépendant de la prévoyance humaine.
Les morts, du reste, n’attendaient pas toujours, on le sait, qu’on les rappelât de leur froid sommeil comme un homme qu’on réveille violemment; ils revenaient souvent d’eux-mêmes, quand ils avaient de leur vivant promis de revenir, comme le spectre de Marsile Ficin, le traducteur de Platon, qui se rendit, monté sur un cheval blanc, chez son ami Michaël Mercato, auquel il s’était engagé de révéler les secrets de l’autre monde.
Ici encore l’erreur était logique; car elle n’est que le résultat d’un dogme irrécusable, l’immortalité de l’âme. La seconde vie, telle que le christianisme nous l’enseigne, telle que nous l’espérons, se continue avec les souvenirs et les affections de la vie première; elle s’illumine même de clartés nouvelles: dès lors, pourquoi l’âme qui se souvient de la terre ne reviendrait-elle pas, libre et dégagée de ses entraves, vers cette terre qui garde son enveloppe mortelle, et où la rappelle le souvenir?
Ainsi, dans ces mystères de la mort et de la nécromancie elle-même, la crédulité qui nous fait sourire n’est que la conséquence immédiate de la plus chère des espérances qui nous consolent.
Malgré cette excuse, la nécromancie fut également condamnée dans l’antiquité et les temps modernes. Sous Constantin, ceux qui s’y livraient encoururent la peine capitale; plus tard on les brûla; et à toutes les époques, on les assimila aux violateurs des tombeaux, dans la pensée qu’ils troublaient comme eux le repos de la mort.
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