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L’une des pièces les plus importantes de l’arsenal des sorciers était
les miroirs magiques. Dans l’antiquité païenne les sorcières de la
Thessalie écrivaient avec du sang humain leurs oracles sur ces miroirs,
et les oracles se réfléchissaient dans le disque de la lune, où on
pouvait les lire comme dans un livre. L’usage de ces instruments devint
extrêmement commun en France, au XVIe siècle, et l’on assure que
Catherine de Médicis en possédait un à l’aide duquel elle apercevait
d’un coup d’oeil tout ce qui se passait en France, et tout ce qui devait
y arriver dans l’avenir. Pasquier rapporte qu’elle y vit un jour une
troupe de jésuites qui s’emparaient du pouvoir; à cette vue elle entra
dans une telle colère, qu’elle voulut briser l’instrument révélateur,
mais on le lui arracha des mains, et à la fin du XVIIe siècle, en 1688,
on assurait que l’on pouvait encore le voir au Louvre. Les ennemis des
jésuites accusèrent le père Coton de faire voir à Henri IV, dans un
miroir étoilé, ce qui se passait dans les cours et les cabinets de tous
les princes.
La pistole volante était une monnaie marquée d’un signe magique, qui
revenait toujours dans la poche de son maître, comme les cinq sols du
Juif errant.
Les têtes d’airain, fabriquées sous l’influence de certaines
constellations, avaient la faculté de parler, et elles donnaient des
avis sur les affaires importantes. Virgile, Robert de Lincoln, Roger
Bacon, en possédaient plusieurs qui ne se trompaient jamais. Albert le
Grand avait même fait un homme entier, à la confection duquel il
travailla trente ans; cet homme d’airain se nommait l’androïde; mais il
fut brisé par saint Thomas d’Aquin, qui ne pouvait supporter son babil.
Les armes enchantées, qui rappellent les armes forgées par Vulcain, et
qui jouent un si grand rôle dans les romans de chevalerie, avaient la
propriété de faire voler en éclats toutes celles qui leur étaient
opposées, et de ne jamais se briser elles-mêmes.
Les coupes magiques communiquaient aux breuvages, dont elles étaient
remplies, des vertus extraordinaires, et se brisaient lorsqu’elles
étaient touchées par une liqueur empoisonnée.
Les peaux d’enfants sur lesquelles on traçait des caractères magiques,
préservaient des maladies, et reculaient indéfiniment la vieillesse.
Les bagues constellées renfermaient de petits démons, appelés
_servants_, qui remplissaient les fonctions de domestiques, et se
rendaient en un clin d’oeil, d’un bout du monde à l’autre, pour remplir
les commissions dont on les avait chargés. Quand le possesseur de la
bague avait besoin d’un avis, il approchait le chaton de son oreille, et
le servant répondait à toutes ses questions. L’historien Froissart, qui
séjourna longtemps à la cour de Gaston Phoebus, comte de Foix, nous
apprend que ce seigneur avait un de ces lutins à ses ordres. Le lutin
avait d’abord été attaché à un prélat romain qu’il avait quitté pour un
baron gascon. Celui-ci, qui était vassal du comte de Foix, avait
consenti à ce qu’il passât au service de son seigneur. Il était fort
utile au comte qui l’employait comme courrier, et l’envoyait dans tous
les pays du monde pour savoir ce qui s’y passait. Le lutin se rendait
immédiatement aux endroits désignés, et revenait presque aussitôt donner
des nouvelles à son maître.
L’anneau du voyageur faisait parcourir, sans fatigue, des espaces
immenses, et l’_anneau d’invisibilité_, réminiscence de l’anneau de
Gigès, avait la propriété, comme son nom l’indique, de dérober a tous
les yeux la personne qui le portait. On pouvait aussi se rendre
invisible au moyen d’un tibia de chat noir, bouilli dans des herbes
magiques, ou d’une petite pierre qui se trouve dans le nid de la huppe.
Le téraphim, espèce d’automate dans le genre de l’androïde, se
fabriquait également sous l’influence des constellations. On le frottait
d’huile et d’ammoniaque, on l’entourait de cierges, on plaçait sous sa
langue une lame d’or, sur laquelle était écrit en caractères mystérieux
le nom d’un démon impur, et, dans cet état, il répondait à toutes les
questions qui lui étaient faites.
Le carré magique, espèce d’échiquier dont chaque case était marquée d’un
chiffre, servait tout à la fois aux conjurations et aux consultations
sur l’avenir; il devait être tracé sur un parchemin préparé avec la peau
d’un animal vierge, ou qui n’avait jamais engendré.
La baguette magique servait à tracer les cercles de conjuration et à
découvrir les trésors; il y eut même, en 1700, dans la ville de
Toulouse, un curé qui devinait à l’aide de cet instrument ce que
faisaient les personnes absentes. Il consultait la baguette sur le
passé, le présent et l’avenir. Elle s’abaissait pour répondre oui, et
s’élevait pour répondre non. On pouvait faire les demandes de vive voix
ou mentalement, «ce qui serait bien prodigieux, dit le père Lebrun, si
plusieurs réponses ne s’étaient trouvées fausses.» La baguette était
faite d’une branche de coudrier de la poussée de l’année; il fallait la
couper le premier mercredi de la lune, entre onze heures et minuit, et
se servir d’un couteau neuf; une fois coupée on la bénissait, on
écrivait au gros bout le mot _agla_; au milieu _cor_; au petit bout
_tetragrammaton_, avec une croix à chaque mot, de plus on prononçait
cette formule: _Conjuro te cito mihi obedire. Venies per Deum vivum_, et
l’on faisait une croix,–_per Deum verum_,–une seconde croix,–_per
Deum sanctum_,–une troisième croix.–Ainsi, comme nous l’avons déjà
remarqué, les mots les plus saints, les formules les plus vénérables
étaient profanées dans les pratiques les plus absurdes. La sorcellerie
parodiait toutes les cérémonies de l’Église, et l’Église en la
proscrivant se montrait justement sévère, car elle ne défendait pas
seulement la religion contre l’idolâtrie satanique, elle défendait aussi
les droits de la raison humaine contre la plus étrange des aberrations.
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