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Ainsi que les mathématiques, ou les sciences physiques et naturelles, la
sorcellerie avait une foule d’instruments particuliers, à l’aide
desquels elle opérait. Ces instruments, comme les livres dont nous
venons de parler, portaient en eux-mêmes une puissance extraordinaire,
puissance qui leur était communiquée par le sorcier lui-même, et qui
souvent aussi était inhérente à leur nature. Ils comprenaient sous le
nom générique d’abraxas, talismans, phylactères, cercles, anneaux,
carrés magiques, etc., une foule d’objets très-différents entre eux et
dont il suffira d’indiquer ici les principaux, en laissant toutefois de
côté les amulettes, qui appartiennent plutôt à l’histoire des pratiques
superstitieuses qu’à celle de la sorcellerie.
Parmi les talismans naturels, nous indiquerons la peau d’hyène, qui
rendait invulnérable au milieu des combats; la mandragore, qui
inspirait l’amour; la valériane et le sang des chiens noirs, qui
éloignaient les démons quand le sorcier voulait se débarrasser de leur
présence; la plupart des pierres précieuses, telles que l’émeraude, qui
préservait de la foudre, et rendait la mémoire infaillible; la topaze,
qui guérissait la mélancolie; le rubis, qui apaisait les soulèvements
des sens, etc. L’hippomanès, excroissance charnue de couleur brune, qui
se trouve à la tête des poulains lors de leur naissance, était
considérée du temps même de saint Augustin comme un agent des plus
puissants pour produire l’amour; il en était de même du crapaud
desséché. La membrane dont la tête de certains enfants est couverte à
leur naissance, faisait réussir les avocats au barreau. La pierre
alectorienne donnait aux soldats une victoire assurée. Une autre pierre
qui, suivant Isidore de Séville, se trouve dans la tête d’une tortue des
Indes, procurait la faculté de deviner l’avenir à ceux qui portaient
habituellement cette pierre sur leur langue. Ces talismans formaient ce
que l’on pourrait appeler l’arsenal inoffensif des sciences occultes, et
leur usage avait sa source dans une sorte de naturalisme panthéistique
plutôt que dans la sorcellerie proprement dite. Quant aux talismans
fabriqués, ils appartiennent de plein droit à la magie et souvent à la
magie la plus noire.
L’emploi de ces étranges objets remonte à la plus haute antiquité.
Périclès portait au cou un talisman que lui avaient donné les dames
d’Athènes. César, dit-on, s’en servait également. Les anciens
attribuaient les plus grandes vertus au mot _abracadabra_, Quintus
Sérénus prétend que ce mot écrit sur du parchemin et pendu au cou, est
un remède infaillible contre la fièvre. Les anneaux constellés, les
bagues d’argent baptisées, étaient de sûrs préservatifs contre la peste,
la rage, l’épilepsie, etc. On trouve les talismans dans l’Inde, chez
tous les peuples de l’Orient, comme chez tous les peuples sauvages. Au
moyen âge, on avait recours, pour les confectionner, à toutes les forces
vives des sciences occultes, à l’astrologie, à la cabale, à l’évocation
des démons, et l’on profanait même les mots les plus saints, les
cérémonies les plus vénérables de la religion.
On faisait des talismans ou abraxas avec des mots efficaces, dont les
plus célèbres sont les mots _agla_ et _abracadabra_. On en faisait avec
les noms des diables, avec des chiffres, avec des figures astrologiques,
et pour ces derniers, voici comment on raisonnait: «Les astres,
disait-on, sont des intelligences, ils voient, ils entendent; leurs
rayons ont une sorte d’instinct qui leur fait chercher par sympathie
dans le monde inférieur tout ce qui se rapporte à leur nature. Or, en
reproduisant sur des pierres ou des métaux la figure ou le chiffre d’un
astre, on intéresse cet astre à ces pierres ou à ces métaux, et il leur
communique quelque chose de sa propre vertu.»–«Pour attirer la vertu du
soleil, dit Agrippa, qu’il faut toujours citer en ces ténébreuses
matières, on enveloppe le symbole ou signe astronomique du soleil dans
des fils d’or ou de soie jaune, couleur des rayons solaires; on suspend
ce signe à son cou, et l’astre y dépose quelques-unes de ses vertus.» On
connaît la fameuse médaille où Catherine de Médicis est représentée
toute nue entre les constellations du Bélier et du Taureau, le nom
d’Ébullé Asmodée sur la tête, un dard à la main, un coeur dans l’autre,
et dans l’exergue le nom d’Oxiel.
Le plus célèbre des talismans du moyen âge était, sans contredit,
l’anneau de Salomon; quelques rois, parmi les plus puissants, se sont
vantés de le posséder; mais ils se sont vantés à tort, car on sait d’une
manière certaine, disent les cabalistes, que cet anneau incomparable
repose dans le tombeau même de ce grand prince au milieu des îles de
l’océan Indien. Il y avait aussi des talismans avec les noms de
Jésus-Christ ou de saint Pierre, de saint Paul ou de saint Michel. Le
concile de Laodicée, au IVe siècle, en interdit l’usage sous peine
d’excommunication, et déclara que ceux qui les fabriqueraient seraient
chassés de l’église.
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